Grosse quille, petites galettes.
- 17 juin 2016
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Vendredi soir. Une nouvelle équipe de motivés pour le week-end : Romain, Chloé, Robin et Fred. Ils arrivent tard. Le temps de se retrouver, couchés à 3h. Levés 6h pour l’écluse de 7h45. Hmmmmm.
Passage de l’écluse, nous sommes dans le chenal. C’est le troisième et dernier sas, la marée descend. De nombreux bateaux sont là. Il y a une régate d’organisée dans la baie. Nous sommes les avant-derniers à sortir de l’écluse.
2 minutes s’écoulent, nous avançons lentement dans le chenal, étroit. Une soudaine sensation de tapis roulant qui s’arrête. Je regarde derrière moi : rien ne semble s’être accroché au bateau. Je regarde à droite : nous sommes totalement à l’arrêt.
Gaz en grand. L’eau gronde derrière le bateau. Mais il ne bouge pas d’un poil. Marche arrière toute. Même schéma. Nous sommes plantés dans la vase.
Je ne souris plus. L’eau descend, faut s’arracher d’ici au plus vite. Sinon, le bateau va se coucher sur le fond…On voit les bateaux qui étaient avec nous dans l’écluse, s’éloigner, vers la mer. Mais nous, c’est l’impuissance totale. On est scotché à la station service, sans même avoir dépassé le périphérique. Mis à part le week-end plombé, je n’ai absolument pas envie de voir Loussounga couché sur le flanc toute la journée à attendre que l’eau remonte.
Donc énorme stress de mon côté. Je crois que les potes ne comprennent pas tout de suite ce qu’il se passe. Les gars, on va faire giter alternativement le bateau pour essayer de le faire bouger. Toute l’équipe met tout sont poids à l’extérieur du bateau en se tenant aux haubans. D’un coté, puis de l’autre. Marche avant toute, marche arrière toute. Tout le monde se synchronise. Un mec en vélo, sur la route qui longe le chenal, s’est arrêté. Il nous regarde calmement. Il semble apprécier cette animation matinale surprise. J’ai envie de le hisser doucement dans le mât, la tête à l’envers. Mais je ne lui dis pas.
Le bateau pivote petit à petit, mais n’avance pas. On continue, on gite à gauche, on gite à droite. Rien ne bouge. Loussounga est lourd, donc pour le faire giter, il faut vraiment mettre du poids. Ca ne fait que quelques secondes, mais au fond de moi, je pense qu’on y arrivera pas. Ca bouge pas. C’est un loupé. Mais on continue quand même, comme des acharnés. Robin, Fred, Chloé et Romain se synchronisent à merveille. Ils ont compris qu’on était assez mal barré, tout le monde met toute son énergie. Moteur plein gaz, le bateau commence à bouger ! Ma tension chute doucement, au sens propre. Je suis vexé, soulagé. On se remet à avancer dans le chenal. On se regarde tous. On rit, on a eu chaud. Mais je reste ultra stressé. Le chenal est long. Faut qu’on sorte de là rapido, et le sondeur ne remonte pas à mesure de notre progression.
Plein gaz, 5 à 6 nds dans le chenal cette fois, pour se retrouver au plus vite, « dehors ».
1 minute passe. Ca se détend devant. Mais la profondeur n’augmente pas plus que ca.
Gros BAM. La c’est plus vraiment la douce sensation du tapis roulant qui s’arrête. C’est plutôt comme un faire un tout droit dans un rond point tranparent. Tout le bateau raisonne, de la quille jusqu’au mât. Ils sont alors tout les trois aux niveaux des haubans, et se tiennent. Personne ne tombe. De mon côté, à l’arrière dans le cockpit, le choc me fait sauter de 50 cm vers l’avant, mon avant bras venant arrêter sa course sur l’arrête du winch. Je sens l’arrière se soulever et l’avant s’abaisser.
Choc impressionnant. Là, j’ai le sentiment c’est plus grave. Et perception amplifiée, puisque le choc apparait alors que nous sommes sur un doux matelas d’eau. Enervé. Le sondeur ne m’as rien indiqué. Et je suis bien à l’intérieur du chenal. Marche arrière, gaz en grand. Rien ne bouge. On s’y remet, faut le faire giter. On se coordonne directement. Ma voix est plus sèche.
Idem, le bateau commence à pivoter, mais n’avance pas. Au bout de quelques très longues minutes (ou une très grosse poignée d’affreuse secondes), Loussounga se remet en mouvement.
On ne criera pas victoire cette fois ci. Les yeux restent rivés sur le sondeur, même après la sortie du chenal. Comme si je ne pouvais plus me fier à rien, j’attends d’avoir 5m d’eau bien établis pour hisser les voiles. Le choc m’a paru tellement violent que j’ai peur que la quille ne soit abimée, ou pire, que la liaison avec la coque ne soit endommagée.
Ca signifierait : gruter le bateau hors de l’eau, déposer la quille...restratifier….hmmmm…c’est pas trop prévu ça. Même en étranglant le porte feuille à deux mains, il aura rien à balancer le pauvre.
Bon, penser à autre chose. On verra ce soir.
Belles rafales force 5, au près. A bord, ils ne connaissent pas encore Loussounga, ils s’accrochent comme ils peuvent. C’est pour certains une première fois en bateau à voile : belle entrée en matière ! Je prends un ri, la barre sera moins dure à tenir et ce sera plus confortable pour tout le monde. On souhaite dormir à Saint-Cast ce soir. On passera à l’Ouest des roches aujourd’hui. Je suis pas d’humeur à faire la chasse aux bouées cardinales. Je suis très tracassé et n’arrive pas vraiment à me détendre. Ca se confirme rapidement : je partage mon tout premier galeter à bord de Loussounga. Je ne me suis pas fait prier. Puis comme le capitaine donne l’exemple, ca ne tarde pas à suivre. Chloé s’attache à reproduire cette scène qui attire les caméras. Robin, par solidarité, prend le relais. Fred s’éclate à la barre, avec sa veste marron de chasseur alpin. On abat petit à petit, en laissant la cardinale des Landas sur tribord, pour ensuite doubler le cap Fréhel. Je ne me lasse pas de cette côte. On se retrouve portant, ce qui génère encore un peu de générosité pour la mer. Soleil tout de même, on arrive sur Saint-Cast pour midi. Pic-nic au ponton d’attente, il fait super beau.
Pas de trace d’eau salée autour des boulons de quille. Bon signe ! La tension commence à retomber chez moi. Robin et Chloé vont se poser sur la plage. Fred, qui n’a pas fermé l’œil la nuit dernière, entame une sieste. Romain et moi accrochons la caméra sur la gaffe, afin de filmer la quille et voir si il y’a des dégâts. Les images ne sont pas géniales. Alors faut plonger. J’aime pas. Masque. J’y vais. L’eau est trouble, on voit à peine la quille, mais les rayons du soleil aident tout de même. Romain me tend la gaffe depuis le pont, pour m’aider à me tenir entre deux descentes. Quelques brassées sous la coque, quelques aller-retour : la quille ne semble pas présenter d’impact ! OUF ! Enorme soulagement. L’antifouling est un peu parti sur le bas, ce qui est logique puisqu’elle a frotté le fond. Je redescends, faut aussi que je check autour du joint de quille….
RIEN.
Au top. Enorme soulagement bis. Je remonte. On sèche au maximum les boulons de quille, on pourra guetter si la moindre trace d’eau apparait.
Dimanche : on part à 11h. Pas de vent. Chloé appréhende le mal de mer. C’est très calme aujourd’hui. Elle nous avouera plus tard sa joie quand elle a vu que nous étions contraint de faire route au moteur. On hisse les voiles, tout de même, à l’approche du fort La Latte et partons à la rencontre d’un vieux gréement : « Belle Etoile ». On passe le cap, toujours peu de vent. On affale les voiles, moteur. Ce retour est très tranquille et ca n’est pas de refus pour certains. Temps mieux. Le stress reprend tout de même lorsque l’on aborde le chenal. Tous nos yeux sont rivés sur le sondeur. C’est ici qu’on avait tapé, hein ? La tension est palpable, tout le monde se tient, au cas où un nouveau choc nous surprendrait.
Arrivés dans l’écluse, on se détend. Fred prend son train à 19h40. Pour le reste de l’équipe, on fait durer l’apéro dans le cockpit. On se soucie peu du niveau sonore de la musique, le week-end se termine dans la joie.
Pour la semaine :
Faire le point sur la formation médical ATMSI de début juin : acheter un manuel médical, recopier mes notes et commencer la liste pour la pharmacie du bord
Démonter le feu de tête de mât et ajouter une paroi pour bien délimiter les secteurs rouge-vert/blanc
Remplacer les ampoules des deux compas de cockpit
Poncer et vernir les panneaux de descente
Démonter le pilote automatique, vérifier chaque pièce et commander des pièces de rechange si possible
Par ailleurs, je pense pouvoir dire que le problème de prise d’air est résolu. Bon, je l’avais déjà dit quelques semaines auparavant. Mais cette fois-ci, la technique de la farine laisse moins de place aux doutes.

7h50, l'écluse est derrière nous, tout va bien pour l'instant...

Après avoir fait giter le bateau comme des acharnés pour s'arracher de la vase, je crois qu'on aperçoit la mer.

Énorme soulagement. On a réussi à s'échapper de ce maudit chenal qui ne voulait pas nous laisser prendre la mer. Un enlisement + un talonnage : je crois que ca ira pour la journée...









Pas de duvet, tout baigne !

Romain et Fred sont aux commandes pendant que Chloé discute intimement avec Neptune. Robin essaie de comprendre se qu'ils se racontent.

Belle rencontre devant le Cap Fréhel.






















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